Séverin en Iran

Toilettes à la turque

Poisson en verre dans l’appartement de  Téhéran

Découverte d’une nouvelle écriture (panneau à l’entrée du palais Golestan)

Peau de tigre dans la chambre du Shah à Téhéran


Pied de Galbanum dans l’Alborz


Cafard à Yazd

Tatooine irannien (devant les tours du silence à Yazd)

Pigeon mort vu par la fenêtre à Ispahan

Maquette de bateau accrochée sur le rétroviseur du bus entre Yazd et Ispahan

Porter le voile

Le port du voile m’a toujours intriguée et j’avoue que j’étais très curieuse de savoir ce que ça fait de sortir couverte. Ce voile prend des significations très particulières selon la façon dont il est porté : à Téhéran, il recouvre à peine les cheveux, devient un accessoire de mode, et permet de souligner le maquillage très marqué de la jeune génération iranienne. À Yazd, ville très religieuse, il devient plus strict et noir.

Le premier jour j’avais un peu l’impression de porter une serviette sur la tête. Ça me rappelait un vieux sketch des Colaro : « où est ma serviette pour m’essuyer les pieds ? » – « ta serviette ? Mais tu l’as sur la tête ! »


Le hijab, literalement « qui empêche » prenait tout son sens. Empêcher quoi ? De se montrer ? Pas vraiment, le voile n’arrête pas de tomber, donc ne cache pas vraiment la sensualité des cheveux. Le premier jour, je me sentais comme une mamie ; le lendemain, avec un voile joli et coloré, je me suis sentie mieux.


Après 15 jours de port, je peux recenser les pour et les contre : Empêcher de bouger oui, le voile est contraignant dans les mouvements

Avantages :

Évite de brûler au soleil, bonne économie de crème solaire.

Empêche de secouer rapidement la tête donc oblige à avoir un port de reine, un peu comme les Jimmy Choo obligent à marcher comme une princesse.

Pratique pour nettoyer un objectif d’appareil photo, marche aussi avec des lunettes de soleil.

Permet de porter de la couleur sur le visage.

Permet de se parfumer et de diffuser ses effluves d’un coup de voile.

Inconvénients

Tient chaud.

Se prend dans la sangle de l’appareil photo.

Tombe tout le temps.

Est facile à oublier quand on sort de chez soi. Mais aux regards des autres, on se rend vite compte qu’il y a un problème.

Graisse les cheveux et les rend plats.

Pas pratique quand on vient de se les laver et qu’ils sont mouillés.

Pas pratique pour faire des tâches quotidiennes : nettoyer un vomi d’enfant dans un taxi par exemple.

Pas pratique pour aller aux wc turcs, le mieux est de l’enlever. Bien penser à vider ses poches d’ailleurs aussi avant !


Alors, quelle couleur pour votre rousari ? Noir, noir ou noir ?

Merri en Iran

Téhéran

je trouve qu’il faisait trop chaud mais, c’était quand même bien. Et il y a beaucoup de mosquées et de bazars.

Yazd

Il y a tellement de petites rues qu’ont s’y perd. Ils ont aussi inventé un système ingénieux qui consiste à prendre l’air et à le refroidir grâce à l’eau et l’expulser dans la maison.Ce système s’appelle Tour des vents.

Ispahan

Il fait un moins chaud qu’à Téhéran (et les pizzas sont délicieuses). Ils ont aussi des places gigantesques et il y en a même une qui mesure un 512 mètres de longueur et 163 mètres de largeur.

Kashan

Ça ressemblait beaucoup à Yazd et il y avait d’énormes maisons qui pouvaient mesurer jusqu’à 7000 mètres carrés avec 5 cours intérieures.

Cache-cache à Kashan

Située à mi-chemin d’Ispahan et de Téhéran, Kashan (prononcer « cochonne » pour faire marrer les gosses) tient un peu de Yazd mais avec moins le côté labyrinthique des ruelles de la cité du désert. Rectification, on s’est aussi bien perdus, surtout parce que Google maps est complètement à la rue ici (sans jeu de mots) !

On y trouve aussi les tours des vents, les qanat (pour une séance de rattrapage, lisez notre article sur Yazd).

Kashan s’est certainement plus développée économiquement que Yazd. Des rues plus larges, presque accessibles en voiture (à condition que la voiture soit petite et qu’on ne s’appelle pas Aurélie), et donc plus exposées au soleil.

Kashan a connu au XIXe siècle un concours de celui qui aura la plus grosse maison. Entre les gouverneurs locaux, les marchands d’armes et de tapis, la compétition a fait rage.

Résultat, de superbes maisons, construites autours de cours arborées et agrémentées de bassins aux petits jets d’eau glougloutants (si je peux me permettre). Et comme à Yazd, toutes les maisons sont construites sous le niveau de la rue, pour garder un peu de la fraîcheur du sol.

Leur visite enchante les parents (qui imaginent la vie de pasha qui a dû être menée ici) et fatigue les enfants, peu sensibles aux stucs et aux peintures.

Jusqu’à la troisième maison, l’abbasian house. C’est la plus grande : 7000 mètres carrés sur trois étages, autour de cinq cours intérieures !

Et nous sommes tous seuls !

On propose alors aux enfants de se cacher. Après avoir compté 30 secondes dans un coin, les parents arpentent les terrasses, couloirs, et escaliers. Séverin est vite retrouvé. Mais de Merri, point !

Au bout de 20 Minutes, on abandonne. Il nous révèle son secret. En haut d’un des innombrables escaliers, une minuscule plateforme où même un enfant ne peut se tenir debout, sans aucune utilité d’habitat.

Revanche des parents, et rebelote ! Les enfants ne nous trouvent pas ! Même lorsqu’on les appelle, les échos et la multitude de cachettes les empêchent de nous localiser…

Cette maison est vraiment le cadre idéal pour jouer à cache-cache !

Au final, la visite que les garçons ont entamée en traînant les pieds a duré plus d’une heure, pleine d’éclats de rires et d’appels désespérés pour retrouver les parents…

L’hospitalité iranienne

On nous avait prévenus : les iraniens vont vouloir vous inviter tout le temps et ne demanderont rien en échange.

Nous ne comptons plus le nombre d’invitations en effet.

Mais heureusement on nous a expliqué la notion de « taarof » (orthographe approximative). Les iraniens disent parfois des choses qu’ils ne pensent pas. Par exemple, vous inviter chez eux peut s’avérer n’être en fait qu’une formule de politesse. De même, refuser d’être payés pour un service rendu peut aussi être taarof.

On démèle alors le vrai du faux en insistant. Si votre interlocuteur reste sur sa position au bout de deux ou trois tentatives, c’est qu’il est sincère. S’il laisse tomber, c’était taarof.

La famille qui nous a prêté un appartement de 240 mètres carrés à Téhéran n’a jamais voulu rien accepter. Le père nous avait pourtant trimbalés à la recherche du galbanum, et sué sang et eau dans les montagnes. Notre invitation au restaurant s’est retournée contre nous : ils nous ont invités à dîner chez eux ! Tout au plus avons-nous réussi à faire un gâteau au chocolat (ok, la recette d’Aurélie vaut de l’or).

A Shiraz, Somayeh et son mari ont dormi dans la chambre de leur fille pour nous laisser la leur. Elle aussi a eu droit à son gâteau au chocolat. La seule contrepartie était de faire la route pour Persepolis et Yazd avec son père, au même prix que ce qu’on aurait payé avec un chauffeur officiel.

La palme revient au Maitre miniaturiste Fallahi.

Le lendemain de notre rencontre, alors que nous visitions les sublimes ponts d’Ispahan, un homme me demande si je suis français, comme ça nous arrive à peu près 150 fois par jour. Puis il me dit qu’on a oublié notre carte bleue dans un magasin. Comme les cartes bleues ne marchent pas en Iran, flairant l’arnaque, je l’envoie bouler.


Mais par acquis de conscience, je demande à Aurélie de vérifier si elle a toujours la carte avec laquelle elle a payé la miniature. S’en suit une course pour rattraper le type que j’avais éconduit si impoliment. Finalement c’est lui qui nous retrouve.

Il nous emmène dans la boutique de son patron, Amir, qui nous explique que Maître Fallahi a appelé tous ses amis qui travaillent dans des lieux touristiques. Il nous a décrits : français, la femme avec un voile vert, deux garçons avec un panama.

La boutique du Maître était encore ouverte. J’allais y courir quand Amir m’arrête. Il va envoyer un de ses employés en moto, et on aura la carte dans 5 minutes. En attendant, il nous emmène dans son show room où des centaines de tapis persans sont empilés.  Il nous offre un thé, et 5 minutes plus tard, le coursier revient avec la carte !


Pendant l’heure qu’on a passée avec Amir, pas une seule fois il a cherché à nous vendre un tapis ! On a parlé de ses affaires (avec moult chiffres pour nous impressionner), de ses voyages en France et dans le monde, de ses antiquités (avec leur prix :-)). Tout, mais pas de tapis, si ce n’est une démonstration d’un magnifique tapis en soie réversible.

L’hospitalité iranienne n’est donc pas un mythe. Elle est profonde, sincère et n’attend rien en retour. Encore une différence avec la France qu’on a bien expliquée aux enfants…

Les miniatures d’Ispahan

Gagou m’avait donné l’adresse, mettant à l’épreuve ma promesse de ne rien acheter pendant le voyage…

Hossein Fallahi, le maître miniaturiste était là, paisible, un pinceau de poils de chat à la main…

Pendant que je regardais sa production, il se mit à faire un petit dessin qu’il tendit l’œil pétillant à Séverin.


Celui-ci prit le défi de faire sa version en autant de temps, soit quelques minutes…Il donna ce dessin au maître surpris qui lui promit un avenir artistique.


Une langue et deux générations les séparent mais le dessin leur a permis de créer une certaine connivence.