Au dessus du grand et du petit Canyon du Colorado

Dans les parcs de l’Ouest américain, l’usage des drones est interdit. Dès l’entrée, des panneaux l’annoncent, et d’autres, devant chaque point de vue, le rappellent au pilote étourdi qui aurait loupé les premiers.

Par ailleurs, les rumeurs sur les sites de drone parlent d’appareils saisis, d’amendes de 2000$. Et quiconque connaît un peu les US, sait que les autorités ne rigolent pas…

Lors de notre balade au Grand Canyon, nous sommes descendus de 800 mètres dans la gorge. Il nous fallait encore 6 heures de marche aller-retour pour accéder au Colorado ! Nous croyant seuls, j’ai sorti mon drone pour filmer ce paysage incroyable. Mais la proximité de la falaise et un problème de capteurs m’ont empêché de décoller. Heureusement ! Car cinq minutes plus tard, nous avons croisé une ranger qui m’aurait pris en flagrant délit.

Nous avons donc eu recours à deux subterfuges pour compenser cette interdiction. Survoler en drone le Little Colorado à la place du Grand Canyon, et faire un tour d’hélicoptère.

Pour se rendre compte de l’échelle de Little Colorado, il faut regarder les routes qui passent au bord. On n’atteint pas les 1600 mètres de profondeur et les 15 kilomètres de largeur du Grand Canyon, mais j’estime que la gorge fait peut-être 1000 mètres ! Et ça n’en reste pas moins un paysage incroyable !

L’autre option consiste à survoler le Grand Canyon en hélicoptère.

Conseil aux tourdumondistes : faites-le mais considérez que c’est hors budget tour du monde. Ça coûte un bras, c’est déraisonnable, mais ça vaut le coup !

Pour vous aider à faire votre choix entre drone et hélico, voici un petit comparatif :

  • L’hélico est légal alors que le drone est interdit.
  • Le Grand Canyon mesure 15 à 30 km de large, un drone ne pourra pas les traverser.
  • Dans un hélicoptère, toute la famille profite du spectacle, alors qu’en drone, je suis le seul devant mon écran à avoir l’impression de voler.
  • La caméra du drone est stabilisée, alors que ma GoPro vibre sur l’hélicoptère. J’ai dû stabiliser la vidéo au montage.
  • Sur le drone, on ne voit pas les hélices, ni les patins.
  • Lorsqu’on envoie le drone pour filmer, on n’est pas obligés d’avoir du Wagner (BO d’Apocalypse Now) dans les oreilles.

Bon, sérieusement, l’hélicoptère au dessus du Grand Canyon restera un de nos plus grands souvenirs du tour du monde ! Aurélie, placée à côté du pilote, a eu les larmes aux yeux devant tant de beauté grandiose !

Quant à la musique, Eddie Weber (BO de Into The Wild), et Muse, pour le côté cathédrale du Grand Canyon se sont imposés naturellement…

Mon drone, ce compagnon du tour du monde, plusieurs fois miraculé

Tout a commencé fin Juillet 2017. Nous dînons avec des amis en terrasse de Maria Luisa, la meilleure pizzeria de Paris, et je peux l’affirmer maintenant, du monde ! Le départ approche, plus que deux semaines…

Michelle me demande si je pars avec un drone. J’avais un Parrot, mais il est trop encombrant. Elle me montre des photos du Mavic de DJI. Je suis bluffé ! Je ne savais pas qu’un drone pouvait se replier pour ne mesurer que 8cm x 8 cm x 18 cm !!!

Elle me propose même de l’acheter à Shanghai (pour 500€ de moins qu’en France) où elle part la semaine suivante. 24 heures de réflexion, passées pour moitié à regarder les avis et les vidéos faites avec le Mavic, et pour moitié à retirer des affaires de mon sac à dos pour faire de la place (je ne suis pas à quelques caleçons et quelques t-shirts près !), et je lui donne mon go.

Le joujou arrive à Paris juste avant notre départ pour Toulouse, où je peux m’entraîner quelques jours. Et c’est parti !

Première peur, l’Iran. Le pays ne plaisante pas avec l’espionnage. Une semaine plus tôt, deux filles étrangères ont été arrêtées pour avoir fait un selfie sur lequel on voyait une centrale nucléaire au fond. À l’aéroport, je retrouve le cadenas de mon sac ouvert. Rien ne manque, il a peut-être été fouillé. Mais bras repliés, le Mavic ne ressemble pas à un drone. Ouf !

Par précaution, je ne sortirai pas le drone en Iran. Mais j’aurais peut-être pu, lorsque l’on est allés dans les montagnes de l’Alborz, à la recherche du galbanum. Nous étions loin de tout, mais on ne sait jamais, et je n’aurais pas voulu mettre notre hôte dans une situation délicate.

À part l’épisode du chargeur de batterie grillé, qui m’a obligé à en faire livrer un neuf à Paris, puis à le faire expédier au Sri-Lanka (merci Stan !) chez un client local d’Aurélie, qui rendait visite à sa mère à quelques kilomètres de notre hôtel, le drone a plutôt bien apprécié l’Inde. Mais je mesure maintenant les progrès que j’ai faits en pilotage et en montage entre les dernières vidéos et la toute première du tour du monde…

Sri-Lanka, Japon, je m’enhardis mais je ne prends que des risques modérés.

En Chine en revanche je déconne. Parti d’un bateau sur la rivière Li, je n’arrive pas à atterrir (le bateau est trop rapide), et je crashe le drone sur le pont. Heureusement sans blesser personne d’autre que moi (ça coupe les hélices !).

Puis je teste le vol à l’aveugle, en contournant bêtement une des montagnes de Yangshuo. Je ne vois plus le drone (normal), mais à un moment je n’ai plus de retour caméra ! Le mode Return to Home est paramétré pour monter de 30 mètres et éviter les arbres. Mais la montagne fait au moins 200 mètres ! Je continue tout droite en espérant éviter la montagne. Finalement il ressort de l’autre côté, et les images sont superbes !

Au Laos, je crois vraiment l’avoir perdu. Trompé par le reflet de l’eau, je pense que le drone a quitté la rive, et je le fais monter. Il se coince dans un arbre, tombe, se retient par une petite branche ! Énorme coup de chance, il ne tombe pas dans l’eau, et reste suspendu à une hauteur qui me permet de le récupérer avec un lasso bricolé au bout d’un bambou !

Je continue de prendre de plus en plus de risques, montant à la verticale le long d’une cascade en pleine végétation laossienne. Mais tout se passe bien au final.

En Birmanie, c’est avec la police que je joue à cache-cache. Les drones sont interdits à Bagan, mais le spectacle des 2000 temples étalés sur des dizaines de kilomètres carrés demande une vue aérienne. Alors, pour tromper d’éventuels poursuivants, je rentre en survolant la rivière et pas en ligne droite…

En Australie, dans les Blue Mountains, j’ai à nouveau eu beaucoup de chance. C’est seulement en montant la vidéo que j’ai vu que le drone a survolé de trèèès près le câbles du téléphérique ! A un mètre (?) près je pouvais heurter le téléphérique. Il n’aurait pas eu mal, mais j’aurais ainsi contribué à l’interdiction des drones dans les sites les plus beaux.

En Nouvelle-Zélande, de peur de perdre le drone depuis une falaise haute de plusieurs centaines de mètres, j’ai retiré la carte SD avec ma vidéo du volcan Tongariro. Ma prudence m’a joué un sale tour, ce n’est pas le drone que j’ai perdu, mais la carte !!!

À Moorea, j’avais repéré une averse qui se dirigeait vers nous. Mais c’est en voyant des gouttes s’écraser sur la caméra que j’ai compris que le drone était sous la pluie ! Mais j’ai pu filmer un arc en ciel de près dans un décor de rêve !

Au Chili, lors de mon premier vol à plus de 4000 mètres d’altitude, j’ai testé une nouvelle façon de perdre un drone. Avec le peu de portance de l’air et un peu de vent, le drone n’arrivait pas à rentrer ! J’ai dû le poser en urgence et le chercher à pied.

Vers Salta, j’ai poussé le vice jusqu’à voler dans une faille géologique large de seulement deux mètres à l’entrée. Le manque de luminosité a complètement perturbé le système de stabilisation du drone. Il était incapable de rester immobile et partait à droite ou à gauche ! Il dérivait constamment vers les bords de la faille ! J’ai dû le ramener en urgence en le pilotant manuellement. J’en ai conçu le plus grand respect pour les pilotes d’hélicoptère qui stabilisent leur appareil sans les multiples capteurs dont mon drone est équipé !

Aux USA, le drone est interdit dans les parcs nationaux. Il paraît que l’engin est saisi, et l’amende est élevée (2000$ ?). Dans le Grand Canyon, après deux heures de descente, j’ai quand-même tenté ma chance. Mais un problème d’étalonnage de capteurs et l’absence de signal GPS (on était au milieu de 1600 mètres de falaise) m’ont dissuadé de décoller. Je veux bien voler avec un système défaillant mais deux, ça fait beaucoup ! Et bien m’en a pris ! Cinq minutes après, nous avons croisé une ranger qui descendait. Elle n’aurait pas pu nous louper !

Contre toute attente, le drone est revenu, entier. J’ai cassé six hélices, il a pris pas mal de poussière. Mais il marche encore parfaitement !

Il a volé 232 km, soit plus de 29 heures, avec une altitude maximale au décollage de près de 4700 mètres ! 256 vols en 365 jours ça semble beaucoup mais je l’ai posé plusieurs fois à chaque sortie, ne serait-ce que pour changer la batterie.

Et à force de montrer mes vidéos partout dans le monde, j’ai dû générer pas mal de ventes de Mavic !

Mais la remarque la plus bête du voyage revient à un canadien qui m’a dit avoir le même drone que moi. Je lui ai demandé pourquoi il ne volait pas ce jour-là. Il m’a répondu « je n’ai pas pu l’emmener, il est resté au Canada. Vous comprenez, je ne suis pas en vacances, moi, je fais un tour du monde ! »

Merci Michelle de m’avoir montré et acheté ce drone. Il a complètement changé les images que nous garderons du tour du monde !

Kalaw et Mandalay en drone

Pour rejoindre le lac Inlé, on choisit de faire un trek de deux jours. Emmenés par un guide, Khun Loon Kyi, qui régale les enfants avec des balles en roseau et ses herbes-javelots, nous marchons dans des paysages campagnards.

Une nuit chez l’habitant nous permet de mesurer notre confort occidental. Les toilettes sont à l’extérieur, lorsque les nuits birmanes sont fraîches, agrémentées d’araignées et avec un bac d’eau comme chasse d’eau. Je crois que c’est ce jour-là que j’ai compris que ces considérations matérielles ne pèsent pas lourd, face à l’expérience de ces journées mémorables.

C’est la saison des piments, dont les champs regorgent et qui sèchent au soleil. Les derniers kilomètres nous mènent au lac Inlé, dont nous ne savons pas encore qu’il sera l’une de nos étapes préférées.

La région de Mandalay a connu plusieurs capitales. Chaque roi voulant imposer sa marque, une nouvelle ville était construite à quelques kilomètres de la précédente. On fait donc un tour d’une journée en voiture.

La pagode géante fut le projet pharaonique du roi Bodowpaya en 1790. Il voulait ériger une pagode de 150 mètres de haut pour abriter une dent de Bouddha. Une usine de briques fut donc créée près du site. À la mort du roi, le projet fut abandonné alors que la pagode ne mesurait que 50 mètres de haut. Les tremblements de terre l’ont transformée en un tas de briques gigantesque. Mais quel tas de briques !

Pour finir, le pont U-Bein, le plus long pont en teck du monde ! À la mousson, ses piliers baignent entièrement dans le lac. Long de 1200 mètres, le pont fut construit en 1849 avec le teck d’un palais détruit. Ce qui donne une idée de la longévité de ce bois imputrescible !

Congé sabbatique et mouvement brownien

Prendre un congé sabbatique pour voyager implique qu’on se coupe du monde professionnel pendant une longue période.

Je ne parlerai pas ici de la chance unique de passer un an, 24h sur 24 avec sa famille (même si une petite pause de temps en temps fait du bien aussi 😁).

En un an, on a le temps d’oublier. Et encore ! Un an, c’est plus qu’il m’en faut pour me perdre dans les centaines d’acronymes de mon secteur : SSP, DSP, DMP, BPO…

Mais quand bien même on n’oublierait pas tout, comment ne pas être largué quand on bosse dans un secteur qui bouge à toute vitesse ?

Je travaille dans les technologies publicitaires sur internet, plus précisément la publicité programmatique. C’est une industrie qui n’existait pas il y a dix ans, et qui pèse maintenant dans les 40 milliards de dollars.

Autrement dit, ça va vite ! En permanence des boites se créent, d’autres se font racheter par Google ou Facebook, ou AppNexus, comme la mienne, Alenty. Et en permanence des startups ou des géants du net sortent de nouveaux produits.

Mais de cette effervescence que reste-t-il au final ? Quel nouveau produit va passer l’année ? Quelle startup va survivre aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ? Quelle autre va les challenger ?

Cette industrie (comme d’autres certainement, mais à une échelle temporelle différente) me fait penser au mouvement Brownien.

Dans un gaz, les atomes sont en permanence agités dans tous les sens. Donc si on les regarde à un instant t, ils semblent aller dans toutes les directions. Mais sur une plus longue période on peut mesurer le flux de ce gaz dans une direction donnée.

Mon voyage autour du monde m’a protègé de ce mouvement brownien inutile, tout en me laissant voir le flux réel de l’industrie sur une échelle de temps plus longue.

À consulter mes emails et LinkedIn une à deux fois par semaine, et seulement quelques minutes, j’ai certainement perdu de l’information. Mais partant du principe que 80% de ladite information n’était soit pas intéressante, soit pas pérenne, je pense ne pas avoir loupé grand-chose en gardant mes distances.

À l’inverse, je pense que ce voyage m’a permis de prendre du recul sur le secteur. Ne pas sauter sur la moindre historiette qui fait les gros titres jour et disparaît le lendemain met en jeu des processus cognitifs différents. J’ai l’impression de plus chercher à comprendre qu’à apprendre.

Ne pas m’encombrer les neurones avec des acronymes nouveaux qui ne remplissent que deux fonctions, l’une marketing et l’autre de fatuité (faire croire que ce que l’on fait est compliqué), ça fait du bien ! Acronymisez, acronymisez ! On verra bien ce qu’il en restera à mon retour ! La plupart seront retombés dans l’anonymat. Je ne les aurai même pas vus passer !

Voyager permet aussi de voir les usages des technologies dans différents pays. Par exemple, l’extrême difficulté pour trouver des disques durs externes m’a fait comprendre qu’en Asie, les ordinateurs n’existent presque pas, et que seuls comptent les smartphones.

J’analyse aussi la rémanence du reciblage publicitaire. Je suis bombardé de pubs et d’emails pour des hôtels en Inde quand je suis au Japon deux mois plus tard, ou au Cambodge quand je suis déjà en Indonésie. Reciblage ne veut donc pas dire ciblage géo-localisé !

Maintenant que je suis revenu, après un an à barouder en famille, je vérifie la force de ce conseil qu’on m’avait donné avant de partir : tu verras, lorsque tu reviendras, le monde n’aura pas fondamentalement changé, mais toi tu auras changé.

Ai-je changé ? Un peu, oui. Le marché a-t-il profondément changé ? Pratiquement pas !

Certes, AppNexus, mon employeurs, vient de se faire racheter par AT&T. Mais, d’une part, comme dans tous les deals, le mot d’ordre est « business as usual ». D’autre part, je me trouve à mon retour à un niveau de connaissances du futur assez peu différent de celui de mes collègues !

Il y a plein de bonnes raisons de ne pas faire un tour du monde (besoin de stabilité, coût, peur de l’inconnu, des maladies, que sais-je encore ?). Mais au final, l’impact professionnel s’avère plus limité qu’on le croit.

Si l’on est dans une dynamique d’opportunités, partir un an n’est sans doute pas la meilleure idée. Dans ce cas, on peut décaler et attendre la bonne fenêtre.

Parce que ce n’est rationnellement jamais le moment parfait pour partir. Il y aura toujours des problèmes. Mais si aucun problème n’est véritablement bloquant, il suffit de se décider.

Ensuite, on a juste une (longue) liste de tâches à régler. Et c’est parti !

Radin à Las Vegas, ou le grand écart culturel

Terminer un tour du monde par les USA, cela permet de se réoccidentaliser avant le retour en France. Mais la dose d’occident dépasse certainement la posologie recommandée, quand ce voyage inclut Las Vegas.

Lorsqu’on visite en road trip les parcs de l’Ouest américain, il est difficile de faire l’impasse sur Vegas. Et puis, on se dit que c’est à voir.

Ok, on pense qu’on ne va pas aimer Vegas, son côté artificiel, le fric partout. Mais on se dit qu’on va peut-être réussir à se lâcher et à en profiter. Donc on motive les enfants dans la voiture, pour les préparer à ce qui les attend. On fait deviner aux enfants le nombre de chambres de l’hôtel : « 10 ? Plus. 30 ? Plus. 100 ? Plus. Pas 500 quand même ? Plus. Nooon, 1000 ? Plus. Pas possible, 3000 ? Oui ! »

Première impression, on se retrouve dans un hôtel casino célèbre (Stratosphère), avec une chambre qui donne sur le parking de 10 étages (on est au 6ème). L’hôtel est plein, on me propose de changer de chambre pour la deuxième nuit. Ce qu’on fera le lendemain.

Deuxième impression. Quelle population ! Ce n’est pas la crème américaine qui vient ici ! Comme ce couple, lui famélique, elle obèse, qu’on imagine vivre dans un mobile home du Midwest. Que viennent-ils claquer leur maigre salaire dans cette pompe à fric ?

Après 11 mois dans des pays pauvres (Inde, Laos, Bolivie…), ou riches mais culturellement forts (le raffinement japonais, le sport en Australie) cette image de l’Amérique choque, déçoit, énerve. Il y a un effet Trump, bien-sûr. Ce gros c… a ravagé l’image des USA à l’extérieur. Mais il n’a finalement que révélé la réalité d’une Amérique profonde. Et on comprend qu’il ait été élu. Et qu’il pourra l’être à nouveau…

Après des mois à admirer la capacité de partage des humains sur terre, on comprend que la solidarité se dissout dans l’opulence. On peste contre les tarifs des restaus, le gâchis des jets d’eau en plein désert, les fortunes claquées dans des machines programmées pour te faire croire que tu vas gagner jusqu’à ce qu’il ne te reste rien.

On devient radins. À Las Vegas !

D’accord, on a depuis longtemps explosé notre budget. Mais on n’est pas à la rue. Non, on n’a pas envie de claquer de l’argent en pareilles futilités. Ça n’a jamais été notre fort (à part pour voyager mais ce n’est pas futile, rassurez-moi !). Mais là, ça confine au rejet.

On dîne quand-même dans la tour, au 109ème étage, avec une vue incroyable sur la ville. Le restaurant entier tourne sur lui-même, en une heure environ (la vidéo est en accéléré). Mais le plus beau spectacle c’est l’orage qui illumine les montagnes alentour. Le repas est hors budget tour du monde, mais il restera notre meilleur souvenir de Vegas.

On joue un peu (machine, blackjack). Pour la forme. Mais aucune excitation ne me gagne. Je calcule des probabilités de cartes pour comprendre quelle stratégie adopter. Mais un jeu à espérance de gain négative ne peut pas m’intéresser. De plus, en cas de gain, devoir sa réussite au hasard me semble vain.

Le lendemain, la visite des hôtels confirme notre impression. Kitch, démesure, beaufitude. Il faut voir Venise en carton-pâte, et son grand canal de 360 mètres de long ! Ou le château de l’hôtel Excalibur ! Ou la pyramide du Luxor, creuse, et dont les galeries des étages s’étagent en dévers à l’intérieur ! La prouesse architecturale est indéniable. Mais que la population y est pathétique !

On couche les garçons, et on monte à la piscine du 25ème étage dont les pubs vantent l’atmosphère festive. Elle est fermée ! La fête s’arrête donc à 23 heures ! On redescend au casino, où un groupe joue des reprises pour couvrir le bruit ambiant. Et dodo ! On n’a pas réussi à se lâcher à Vegas ( c’est certainement de notre faute aussi). Dommage…

Le lendemain on profite de la piscine pour se rafraîchir avant Death Valley, où un petit 47 degrés est prévu.

En visitant les US avec un budget de tour du monde, et pas un budget de vacances, ou pire encore un budget professionnel, comme je le fais plusieurs fois par an, avec de bons hotels, des taxis et tout en notes de frais, on découvre un autre visage des USA. La bouffe répétitive (burger ou taco ou pizza ou burger ou taco ou pizza), les hôtels complets ou hors de prix si tu n’as pas réservé des mois à l’avance à San Francisco ou dans les parcs, le dénuement des amérindiens dans les réserves (comme en Bolivie, des enfants essaient de te vendre des cookies), la course effrénée à la consommation (qui peut payer un tour de gondole dans un hôtel de Vegas ???), nombre d’aspects des US nous pèsent plus que lors de nos précédents voyages.

La société américaine ne me fait plus rêver. Je ne vois plus qu’une société injuste, anormalement chère, où solidarité signifie communisme, et dont le repli sur soi prouve qu’elle a déjà perdu sa position dominante.

Réfugions-nous donc dans les grands parcs américains (même si les drones y sont interdits). La nature, et ses spectacles grandioses, voilà une Amérique digne de conclure un tour du monde !

L’infinie pampa argentine vue de cheval et de drone

J’avais déjà piloté mon drone depuis un bateau de croisière en Chine, depuis une pirogue au Laos et en Birmanie, depuis une voiture en Bolivie. Mais à cheval, c’est un peu plus compliqué !

Il faut en effet tenir la télécommande à deux mains et faire croire à la bestiole qu’on reste le maître à bord. Dans les faits, il suit son pote, donc pas besoin des mains. Mais les mouvements de balancier rendent difficiles les évolutions du drone sans à-coups.

Deuxièmement, j’avais peur que le bruit n’effraie les animaux. Mais non, rien. Soit ils ont l’habitude des gros moustiques, soit ils sont vraiment lymphatiques…

Toujours est-il que la journée que nous avons passée à l’estancia Portenia, à San Antonio de Areco restera un moment gravé dans notre mémoire.

On nous avait dit qu’Oscar le gaucho viendrait nous chercher à notre Airbnb. Mais on ne savait pas qu’Oscar était une célébrité.

Sur un cheval depuis 70 ans (il en a 77), il collectionne sur sa ceinture de cuir les récompenses de concours de gaucho. Lors des fêtes, il représente tous les gauchos de la région et porte le drapeau argentin. Son immense couteau ne le quitte jamais non plus.

Comme les anciens gauchos, il peut partir à l’autre bout de l’estancia, et revenir 10 jours plus tard. Sa selle devient son oreiller, son poncho sa couverture.

Et Oscar joue de la guitare et chante des chansons traditionnelles. Après le repas, nous avons eu droit à un petit récital. Je suis allé sur Internet chercher des enregistrements, pour la bande sonore de la vidéo. Je n’envisageais pas d’autre musique…

Quant à la balade, au soleil couchant, elle fut superbe. Et une fois encore, le drone permit de donner une nouvelle dimension aux images, et de rendre le premier rôle à la pampa infinie.

Galères au Machu Pichu

Pour aller au Machu Pichu, il y a la version luxe (train à 150€ ou 350€ par personne), ou la version backpacker (7 heures de van à 15€, et trois heures de marche).

Et il y a la version Nicotons, plus chère et plus galère.

En fait, sur le papier, louer une voiture nous permettait d’éviter le van à touristes, et de visiter d’autres sites sur le chemin. La liberté avait donc un prix, mais que l’on pouvait mutualiser à quatre.

Sauf qu’on n’a pas cherché de détails sur la route (car peu de voyageurs la font). Et que tout ne s’est pas passé comme prévu.

D’abord, la voiture n’était pas prête à l’heure prévue. Une heure de retard dès le départ, sachant qu’on voulait absolument éviter de marcher de nuit sur la voie ferrée pour arriver au village en bas du Machu Pichu.

Car ce village est situé dans une gorge étroite, où seule une voie de chemin de fer mène.

On part donc à 11h, et une heure plus tard, on se rend compte que notre GPS nous a proposé une route plus courte, mais pas celle que nous avait recommandé l’agence. La nôtre comprend une zone de piste qui va nous faire perdre du temps. On décide de couper par une piste pour retrouver la route asphaltée, mais cette piste est pire qu’on pensait (lacets serrés), alors que celle du GPS semble plus droite.

Deuxième demi-tour pour revenir vers la première piste. Après 10 km, route barrée.

Troisième demi-tour pour prendre la piste en lacets. On rejoint la route, qui se met elle-même à tournicoter. Et là, on regarde plus attentivement la carte : on doit monter 1000 mètres en lacets, pour passer un col à 4300 mètres !!!!

Et redescendre 2600 mètres en lacets ! Sachant que je n’ai pas eu le temps de faire de pause (on a déjeuné en roulant), et que l’on a 11 km à marcher en arrivant à la fin de la piste, je sens que je vais être un poquito fatigué en arrivant !

À quatre heures, on quitte la route pour la dernière partie de piste, 33 km le long d’une rivière, on devrait mettre 30-40 minutes. Donc on devrait arriver à 18h30-19h au village. Sachant que le soleil se couche à 18h, on n’aura pas à trop marcher dans le noir…

Mais la piste se révèle vite plus compliquée que prévu. Elle aussi tournicote (on a vraiment bien choisi le nom du blog !), et elle passe même à flanc de falaise ! Cette fois, on a carrément de la roche au-dessus de nous ! Je roule à 20 à l’heure, et on met une heure quinze pour arriver au point de départ de la marche.

Alors que je me gare, un homme m’explique qu’il est interdit de laisser sa voiture. Il m’emmène un kilomètre en arrière ! Sur un parking payant ! Je suis furax !

Après nous être assurés que les trains ne roulent plus à cette heure, on part le long des voies. Il est 17h30, notre GPS indique trois heures de marche, dont deux de nuit noire…

On force le pas (bravo les garçons), et on rattrape un groupe de français. Cool, le temps va paraître moins long ! Après une heure sympa à faire connaissance, on leur demande d’accélérer. Mais la fille du groupe a mal au genou, on décide de tracer pour ne pas se coucher trop tard.

En effet, demain lever à 5 heures ! Soit on marche une heure trente (500 mètres de dénivelé), soit on prend un bus (30 minutes, mais au moins une heure d’attente !). Bref, on n’a pas le temps de traîner…

Finalement, on arrive à 20 heures (seulement 2h30 de marche !). On se fait un bon resto, et malgré les trains qui passent sous notre fenêtre et la musique des bars, on s’endort vite. Le matin à cinq heures, tout le monde est fatigué, Aurélie a mal au ventre. On opte pour le bus. À 7 heures, on arrive au Machu Pichu ! Pas de toilettes sur le site, il vaut mieux ne pas être malade. Pas de bol…

On se balade quatre heures sur ce site magique, et on redescend à pied pour l’escalier Inca.

Pour gagner du temps au retour, on a pris l’option train jusqu’à la voiture. 40 minutes de luxe au lieu de 2h30 de marche sur les voies (avec des trains cette fois), ça vaut presque le prix exorbitant de 82€ !

Il faudra ensuite refaire la route inverse, pas jusqu’à Cuzco, mais seulement jusqu’à Ollantaytambo, soit cinq heures quand même, après un lever à cinq heures et quatre heures de marche dans les montagnes du Mach Pichu…

La nuit précédente j’ai rêvé de la piste à flanc de falaise, et de toutes les façons de tomber : crever un pneu, entrer en collision avec un van en sens inverse (ils roulent à fond), croiser une voiture et voir la route céder côté vide, être poussé par un éboulement de rochers, etc. Je joue donc la prudence. D’autant que des croix sur le bord de la route rappellent régulièrement tous ceux qui ont raté un virage. Tiens, un groupe de 10 croix identiques, ça doit être un van complet qui a fait le grand saut !

Ensuite, la montée (2600 mètres de dénivelé, comme aller du niveau de la mer au sommet de la station d’Avoriaz) n’en finit jamais. La nuit tombe avant même qu’on arrive au col. Cette chaîne de montagnes offre au Pérou deux climats distincts : amazonien au pied, humide, propice à la culture de bananes, et désertique en altitude, où ne poussent que des pommes de terres et des cactus. Les nuages s’arrêtent ici. C’est ainsi que le col se retrouve dans le brouillard quand je l’atteins, de nuit. Rien ne m’aura été épargné ! Dis-je à Aurélie. Je ne sais pas encore ce qui m’attend le lendemain…

Une heure de descente en lacets, et voilà enfin Ollantaytambo !

Au total, on aura mis six heures pour atteindre le village. Épuisés.

Le lendemain, on visite quelques sites magnifiques sur la route, et on arrive à 19h à Cuzco où on a réservé un hôtel.

En vidant la voiture, on ne retrouve plus le sac vert des enfants ! Celui où on a cousu en Thaïlande les drapeaux des pays du tour du monde, et qui contient le carnet de dessins de Séverin ! On passe en revue les photos de la journée. Les garçons ne l’avaient sur aucun des sites visités. J’appelle l’hôtel d’Ollantaytambo. Le sac est chez eux !

Le sac à Bangkok

Une heure trente de route, trois heures aller-retour, on peut être revenus à dix heures. La valeur symbolique de ce sac à 3€, et du carnet de dessins de Séverin (île de Pâques, Chili, Argentine, Bolivie), que je n’ai pas encore scannés, ça vaut bien trois heures de route.

Les enfants sont atterrés, ils pleurent : c’est leur sac, ils en ont la responsabilité, et ils m’ont entendu hurler quand on a découvert sa disparition. Ils me disent que ça ne vaut pas la peine, que l’on va devoir payer plus cher…

À peine avons-nous quitté Cuzco que le pneu arrière gauche crève ! Absolument rien ne nous aura été épargné ! On change la roue et on repart 30 minutes plus tard. Après une heure, on se rend compte qu’on a fait la même connerie que la première fois : on est en route pour la piste coupée !

Demi-tour pour rester sur la route asphaltée. On n’a plus de roue de secours, hors de question de prendre une piste, où on pourrait crever à nouveau !

À dix heures, c’est finalement à Ollantaytambo qu’on arrive… On ne fera pas le retour à Cuzco ce soir. On va dormir dans le même hôtel que la veille. Aurélie appelle l’hôtel de Cuzco pour les prévenir. Ils disent qu’il n’y a pas de problème.

On part le matin pour Cuzco, où on arrive vers 11h. Comme des fleurs. Sauf que l’hôtel veut nous faire payer la chambre ! Le papier de la réservation est au nom d’un autre hôtel ! Ce n’est pas à eux qu’Aurélie a parlé hier soir ! On part furieux chercher une autre chambre. Mais les hôtels autour sont pleins, et Aurélie est toujours malade. On revient à l’hôtel où on avait réservé notre deuxième nuit. Au moins on sait qu’il y a de la place. Finalement on s’était mal compris, ils ne gardaient que l’acompte.

Le personnel se montre en fin de compte très gentil. Une femme apporte une boisson inconnue et très forte pour soigner le ventre d’Aurélie. Le lieu est superbe, ravalons notre fierté et profitons-en !

Bref, parfois il faut accepter de n’être que de simples touristes : payer le prix fort, ou se laisser transporter comme des bœufs. Car le prix de la liberté peut parfois s’avérer excessif…