Radin à Las Vegas, ou le grand écart culturel

Terminer un tour du monde par les USA, cela permet de se réoccidentaliser avant le retour en France. Mais la dose d’occident dépasse certainement la posologie recommandée, quand ce voyage inclut Las Vegas.

Lorsqu’on visite en road trip les parcs de l’Ouest américain, il est difficile de faire l’impasse sur Vegas. Et puis, on se dit que c’est à voir.

Ok, on pense qu’on ne va pas aimer Vegas, son côté artificiel, le fric partout. Mais on se dit qu’on va peut-être réussir à se lâcher et à en profiter. Donc on motive les enfants dans la voiture, pour les préparer à ce qui les attend. On fait deviner aux enfants le nombre de chambres de l’hôtel : « 10 ? Plus. 30 ? Plus. 100 ? Plus. Pas 500 quand même ? Plus. Nooon, 1000 ? Plus. Pas possible, 3000 ? Oui ! »

Première impression, on se retrouve dans un hôtel casino célèbre (Stratosphère), avec une chambre qui donne sur le parking de 10 étages (on est au 6ème). L’hôtel est plein, on me propose de changer de chambre pour la deuxième nuit. Ce qu’on fera le lendemain.

Deuxième impression. Quelle population ! Ce n’est pas la crème américaine qui vient ici ! Comme ce couple, lui famélique, elle obèse, qu’on imagine vivre dans un mobile home du Midwest. Que viennent-ils claquer leur maigre salaire dans cette pompe à fric ?

Après 11 mois dans des pays pauvres (Inde, Laos, Bolivie…), ou riches mais culturellement forts (le raffinement japonais, le sport en Australie) cette image de l’Amérique choque, déçoit, énerve. Il y a un effet Trump, bien-sûr. Ce gros c… a ravagé l’image des USA à l’extérieur. Mais il n’a finalement que révélé la réalité d’une Amérique profonde. Et on comprend qu’il ait été élu. Et qu’il pourra l’être à nouveau…

Après des mois à admirer la capacité de partage des humains sur terre, on comprend que la solidarité se dissout dans l’opulence. On peste contre les tarifs des restaus, le gâchis des jets d’eau en plein désert, les fortunes claquées dans des machines programmées pour te faire croire que tu vas gagner jusqu’à ce qu’il ne te reste rien.

On devient radins. À Las Vegas !

D’accord, on a depuis longtemps explosé notre budget. Mais on n’est pas à la rue. Non, on n’a pas envie de claquer de l’argent en pareilles futilités. Ça n’a jamais été notre fort (à part pour voyager mais ce n’est pas futile, rassurez-moi !). Mais là, ça confine au rejet.

On dîne quand-même dans la tour, au 109ème étage, avec une vue incroyable sur la ville. Le restaurant entier tourne sur lui-même, en une heure environ (la vidéo est en accéléré). Mais le plus beau spectacle c’est l’orage qui illumine les montagnes alentour. Le repas est hors budget tour du monde, mais il restera notre meilleur souvenir de Vegas.

On joue un peu (machine, blackjack). Pour la forme. Mais aucune excitation ne me gagne. Je calcule des probabilités de cartes pour comprendre quelle stratégie adopter. Mais un jeu à espérance de gain négative ne peut pas m’intéresser. De plus, en cas de gain, devoir sa réussite au hasard me semble vain.

Le lendemain, la visite des hôtels confirme notre impression. Kitch, démesure, beaufitude. Il faut voir Venise en carton-pâte, et son grand canal de 360 mètres de long ! Ou le château de l’hôtel Excalibur ! Ou la pyramide du Luxor, creuse, et dont les galeries des étages s’étagent en dévers à l’intérieur ! La prouesse architecturale est indéniable. Mais que la population y est pathétique !

On couche les garçons, et on monte à la piscine du 25ème étage dont les pubs vantent l’atmosphère festive. Elle est fermée ! La fête s’arrête donc à 23 heures ! On redescend au casino, où un groupe joue des reprises pour couvrir le bruit ambiant. Et dodo ! On n’a pas réussi à se lâcher à Vegas ( c’est certainement de notre faute aussi). Dommage…

Le lendemain on profite de la piscine pour se rafraîchir avant Death Valley, où un petit 47 degrés est prévu.

En visitant les US avec un budget de tour du monde, et pas un budget de vacances, ou pire encore un budget professionnel, comme je le fais plusieurs fois par an, avec de bons hotels, des taxis et tout en notes de frais, on découvre un autre visage des USA. La bouffe répétitive (burger ou taco ou pizza ou burger ou taco ou pizza), les hôtels complets ou hors de prix si tu n’as pas réservé des mois à l’avance à San Francisco ou dans les parcs, le dénuement des amérindiens dans les réserves (comme en Bolivie, des enfants essaient de te vendre des cookies), la course effrénée à la consommation (qui peut payer un tour de gondole dans un hôtel de Vegas ???), nombre d’aspects des US nous pèsent plus que lors de nos précédents voyages.

La société américaine ne me fait plus rêver. Je ne vois plus qu’une société injuste, anormalement chère, où solidarité signifie communisme, et dont le repli sur soi prouve qu’elle a déjà perdu sa position dominante.

Réfugions-nous donc dans les grands parcs américains (même si les drones y sont interdits). La nature, et ses spectacles grandioses, voilà une Amérique digne de conclure un tour du monde !

7 réflexions au sujet de « Radin à Las Vegas, ou le grand écart culturel »

  1. Nous avons ressenti la même chose en 2012. Heureusement qu’on a vite enchaîné avec les parcs au Nord du Grand Canyon, Zion, Arches, Moab,…

    À propos, si tu veux du Grand Canyon avec zéro américain autour et même personne, je te signale qu’ils ont ça en double exemplaire en Namibie! J’ai les preuves…

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