Yazd : Papa, il est où le cinquième élément ?

Séverin pose souvent de drôles de questions. Mais celle-là m’a cloué le bec.

« Que veux-tu dire par là, mon chéri ? » Répondis-je en m’attendant à un de ces délires dont il a le secret.

« Ben, oui, on a vu les tours du vent, le musée de l’eau, on va voir le temple du feu, il ne reste plus que la terre, et on a les quatre éléments ! ». Alors là, Séverin, tu m’as épaté. D’autant plus que la terre, on l’avait partout autour de nous !

Terre

La vieille ville de Yazd est entièrement construite en pisé. Les murs sont montés de briques creuses et recouverts d’un mélange de terre et de paille. Il n’y aurait pas un peu de bouse de dromadaire aussi, d’après ce qu’on a senti à Persepolis ?

Bref, cette méthode de construction fait partie de l’arsenal créatif déployé par les yazdis pour rendre supportable la chaleur du désert.

Le pisé semble bien isoler les maisons de la chaleur. Ici, les fenêtres ne s’ouvrent que sur les cours intérieures.

Se perdre dans le labyrinthe de Yazd revient à errer entre deux murs de pisé, lisses et seulement troués de quelques portes.

Eau

Ville du désert, Yazd est entourée de montagnes qui lui apportent de l’eau. Mais à quel prix !

Pour éviter l’évaporation, des tunnels sont creusés sur des dizaines de kilomètres. Régulièrement des puits d’aération permettent aux ouvriers d’avoir un peu d’air, et de calculer la pente optimale à l’aide d’une simple bouteille d’eau suspendue à l’horizontale.

La tenue de ces ouvriers est entièrement blanche. D’une part pour se voir dans ces boyaux seulement éclairés d’une lampe portative. D’autre part parce que les linceuls musulmans sont blancs, et donc en cas d’effondrement, ils respecteront le Coran lors de leur enterrement accidentiel.

Ces quanat, canaux qui permettent à peine à un homme de s’y faufiler, il font partie du système de rafraîchissement naturel le plus efficace que j’ai jamais vu.

Air

Yazd est réputé pour ses tours du vent. Les toits de la vieille ville en sont surmontés. Conçus pour prendre le vent d’une à quatre, voire huit, directions, ces sortes de cheminées parviennent à faire descendre l’air relativement frais (n’exagérons pas !) jusqu’à plus de dix mètres sous terre.

Pourquoi si profond ? Parce que l’air y rencontre l’eau des qanat et s’y rafraîchit ! C’est donc un air frais, au moins dix degrés d’écart à vue de nez, qui sort de longs couloirs en escalier. Des coupoles semi-enterrées servent de garde-manger réfrigéré. L’une d’elles permettait même de faire de la glace l’hiver et de la conserver tout l’été !

Feu

Yazd compte la plus forte population de Zoroastriens d’Iran. Cette religion monothéiste date de 3500 ans et a tant bien que mal résisté aux invasions et à l’islamisation.

Les Zoroastriens adorent un dieu qui n’a pas de représentation, mais qu’ils assimilent à une lumière (d’après ce que j’ai compris). Pour cela, ils entretiennent un feu dans un temple éponyme. Celui de Yazd est resté allumé sans interruption depuis 1500 ans ! Il paraît qu’il y en a un près de la mer Caspienne qui brûle depuis 3000 ans !

Le cinquième élément 

Alors Séverin, c’est quoi le cinquième élément ?

« Peut-être que c’est la mort ? »  Les enfants ont été assez impressionnés par notre visite aux Tours du Silence. Dans ces tours, les Zoroastriens plaçaient leurs morts pour ne pas souiller la Terre en les enterrant, ni l’air  et le feu en les brûlant.

Ils les laissaient donc dévorer par les vautours et les corbeaux et jetaient les os au centre de la tour.

Miam !

3 réflexions au sujet de « Yazd : Papa, il est où le cinquième élément ? »

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